Œuvres

Harry Partch
Delusion of the Fury  1965-1966 #1h20
théâtre musical en 2 actes [ensemble instrumental.]
Joué le 28 mars à 19h30

Synopsis

C'est un temps ancien, mais ni à un moment précis, ni dans un lieu précis. L'Exordium est une ouverture et une invocation, le début d'une toile rituelle.

L'acte I, dans la tradition des pièces de Nô, est un théâtre musical représentant la libération du cercle de la vie et de la mort.
Un pèlerin est à la recherche d'un sanctuaire où il peut se repentir du meurtre qu'il a commis. L'homme assassiné apparaît comme un fantôme, il voit d'abord le meurtrier, puis son jeune fils à la recherche d'une image du visage de son père. À la vue de son fils, il vit à nouveau l'épreuve de la mort, mais fini par implorer : «Priez pour moi!», et trouve ainsi la sérénité.
Du début de l'Exordium à la fin de l'acte II, il n'y a aucune interruption musicale. Le Sanctus lie l'acte I et l'acte II ensemble; ils sont l'épilogue de l'un et le prologue de l'autre.

L'acte II invoque une réconciliation avec la vie.
Un jeune vagabond cuisine au dessus d'un feu lorsqu'une vieille femme s'approche, à la recherche d'un enfant perdu. Elle trouve l'enfant, mais – à cause d'un malentendu causé par la surdité du clochard – une dispute éclate. Les villageois se rassemblent, et au cours d'une danse violente, le couple comparaît devant la justice de la paix, réconciliant ainsi la vie et la mort.
À la suite de la décision du juge, le chœur chante à l'unisson, «Oh, comment sommes-nous arrivés jusqu'ici sans justice?» une voix off répond à l'incantation prononcée dans l'acte I.

Au sujet de Delusion of the Fury, par Heiner Goebbels

Depuis le début des années 1980, je possède deux enregistrements musicaux de Harry Partch. Si leur acquisition reste trouble, je me souviens cependant très précisément de l’impression immédiate et durable qu’ils ont déclenché en moi: un étonnement émerveillé sur l'œuvre d'un artiste que je ne connaissais pas encore.

D'une manière tout à fait unique, Harry Partch a ouvert un espace entre les musiques classique et pop, chose que je n’avais pas pu imaginer jusque-là. J’ai pourtant grandi au-travers des deux, avec d’un côté Bach, Beethoven, Schubert et de l’autre les Beatles, les Beach Boys et Jimi Hendrix. C'est seulement avec Partch que la musique a étreint cet attrait commun et égal entre le désir physique de la pulsation rythmique et la recherche curieuse de nouveaux sons inouïs; une musique qui nous fascine malgré, ou plutôt , précisément à cause de son manque de familiarité. Une musique qui ne possède ni catégorie ni lieu et qui demeure aujourd’hui étrangement enracinée.

Nous sommes très chanceux d'avoir pu développer ce projet en collaboration avec l'Ensemble musikFabrik et d'avoir trouvé en Thomas Meixner - percussionniste et luthier - quelqu'un qui soit capable de reconstruire les étonnants instruments de Harry Partch. Depuis un an, les musiciens de l'ensemble ont appris avec enthousiasme à jouer de ces instruments. Mais par-dessus tout, le projet permet l’exécution future, et sur le long terme, de la musique de Harry Partch en Europe permettant ainsi sa diffusion vers un plus large public.
C'est seulement en travaillant sur Delusion of the Fury que j’ai réellement pris conscience de la façon
dont la démarche artistique de Partch était actuelle: Il a non seulement inventé un ensemble varié d'instruments et un système tonal très complexe, mais a également réfléchi sur l'espace théâtral, l’éclairage, la mise en scène, les mouvements du corps et a redéfini, sans compromis, la relation entre les musiciens et acteurs, les disciplines classiques et la division du travail. Il n'est donc pas étonnant qu'il fût incompatible avec les institutions du monde de la musique.