Œuvres

Heiner Goebbels
Chants des guerres que j'ai vues  2002-2007 #1h
suite pour ensemble d'instruments modernes et historiques, sur un texte de Gertrude Stein [1.1.1.1, 1.1.1.0, 2 perc, clv, hp, luth, 2.0.1.1.1; lumière musicale.]
Joué le 29 mars à 20h
Photo Régis Golay © Archipel, 2014

Conçu originellement pour le London Sinfonietta et le célèbre Orchestre de l’Âge des Lumières, Chants des Guerres que j’ai vues de Goebbels tire son titre et ses textes du livre Wars I Have Seen de Gertrude Stein, récit autobiographique écrit en temps de guerre pendant son séjour en France en 1942-1943. Le dispositif scénique est simple, distancié: sur le devant de la scène, plongée dans une semi obscurité, une pièce à vivre, avec lampes, fauteuils et éléments de mobilier cossus, investie par des femmes instrumentistes dont la variété de vêtements évoque l’univers de Gertrude Stein; à l’arrière, surélevé, un groupe d’hommes souffleurs et percussionnistes, vêtus de noir et crûment éclairés, suggérant la rigueur et l’austérité de la guerre. De même, l’œuvre oppose deux types d’instrumentarium. L'un, composé d’instruments anciens, l’autre, modernes.

L'univers musical de Goebbels repose en l’occurrence sur la confrontation et la synthèse des éléments disparates de ces «deux mondes»: l’univers baroque de Matthew Locke The Tempest (1674), jouée avec une sensualité raffinée par les cordes baroques, en référence aux fréquentes allusions du texte à la pièce de Shakespeare, et un univers plus avant-gardiste, pluraliste, dans lequel les instrumentistes mélangent des idiomes de jazz, de minimalisme atonal, voire certains traitements atmosphériques avec l’électronique. Mettant à profit sa vaste expérience du théâtre à la scène de concert, Goebbels introduit une pratique assez audacieuse : demander aux instrumentistes de dire eux-mêmes les textes, avec le naturel étudié si caractéristique de l’art de Goebbels.