«Écrit en 1981, Toward the Sea II est une réécriture du duo original Toward the Sea pour flûte alto et guitare. Ici, les cordes supplémentaires ne constituent pas de simples arrangements des parties instrumentales précédentes, mais forment de nouvelles voix intérieures qui élargissent les harmonies et les gestes d'écriture originaux. Les cordes usent de nombreux effets rendus possibles par différents modes de jeux (sul ponticello, sul tasto, con sordino et des trémolos flottants) et l'utilisation d’harmonies naturelles et artificielles qui colorent la partition.
Les trois mouvements de cette pièce sont tous associés à un conte ou un mystère aquatique. Le premier mouvement, «The Night», s'ouvre à la flûte par de mystérieux glissements (une sorte d’audio morphing ou de modulation de timbre) entre tons creux et tons normaux; ces appels nocturnes sont soulignés par les cordes en sourdine et les figures mouvantes de la harpe. Takemitsu y exploite une grande variété de moyen de jeu pour la flûte, ainsi se juxtaposent ou se combinent différentes variétés de vibratos, trilles, doigtés différés ou encore des techniques particulières de la langue. Harmoniquement riche, «The Night» dévoile des variations sur la base d’accords impressionnistes. À l'instar d'autres travaux de Takemitsu de la même période, l'écriture compositionnelle est marquée par de grandes lignes en forme d'arc lesquelles sont séparées par d'imposants silences constituant des visions oniriques issues de la noirceur profonde de la nuit. Vient ensuite «Moby Dick» dont le contenu est une sorte d'abstraction rythmique des danses marines traditionnelles à trois temps combinées aux arpèges flottants et complexes, aux trémolos oscillants et aux sifflements harmoniques du vent. Le mouvement y intègre la variation obsédante d'un cri hanté et son écho à la flûte (sur une échelle par tons) pour aboutir à une brève cadence spectaculaire qui se meurt progressivement. Le troisième et dernier mouvement, intitulé «Cape Cod», développe des figures haletantes à trois ou deux temps s'inscrivant merveilleusement dans de riches harmonies impressionnistes et des arpèges, images des ondes de la mer. Une section mystérieuse constituée d'harmoniques soutenues aux cordes, de figures «minimaliste» cyclique à la harpe et de lentes variations à la flûte sur l'intervalle de quarte juste crée un superbe effet suspendu».