Œuvres

Claude Debussy
Prélude à l'Après-midi d'un faune  1891-1894 #10mn
pour orchestre [3.3.2.2, 4.0.0.0, perc, 2 hp, 10.0.8.6.4.]
Joué le 30 mars à 17h
Photo Régis Golay © Archipel, 2014

Est-il nécessaire de revenir sur ce monument musical que constitue la célèbre page orchestrale du Prélude à l'Après-midi d'un faune? Depuis sa création en 1894 sous la baguette du chef suisse Gustave Doret, l'œuvre a traversé les siècles en offrant au public les impressions musicales rêvées de Debussy en reflet au poème éponyme de Mallarmé. Selon les dires du compositeur, l'œuvre n'offre pas la synthèse des mots de l'écrivain, mais illustre «…les désirs et les rêves du Faune dans la chaleur de cet après-midi». La succession d'instants épars, tel le déroulement des vers qui se succèdent au gré des désirs de la divinité romaine associée à Pan, crée la cohérence formelle de cette page au style compositionnel résolument tourné vers le futur. Dans cet hommage possible des auteurs aux paysages mythiques de la Diane au bois écrite par Théodore Faullain de Bandeville, la flûte prélude – comme à son habitude dans la tradition hellénique – et propose d'emblée la dissonance diabolique d'un triton à découvert. Chromatismes, arabesques ou encore intervalles dilatés contribuent à produire la sensation auditive de cette «fuite peureuse des nymphes et des naïades», du faune qui «se laisse aller au sommeil enivrant, rempli de songes enfin réalisés, de possession totale dans l'universelle nature». Aussi, en échos au dernier vers du poème – «Couple, adieu ; je vais voir l'ombre que tu devins» – écoutons les ombres musicales de cette page immuable.

Orane Dourde