Œuvres

Loïc Sylvestre
Lune viscérale allaitant un soleil chu  2014 #06mn
pour théorbe et électronique [luth; électronique.]
Joué le 29 mars à 18h
Photo Régis Golay © Archipel, 2014

À mon sens, le théorbe est indissociable de la musique baroque, par sa facture même et sa technique de jeu. Aussi, l'intégration d'éléments idiomatiques dans le processus de création m'a-t-elle semblé nécessaire; de plus, elle demeurait intimement liée à l'idée poétique que je tenais à exprimer. Je me suis donc rapproché du répertoire pour théorbe du XVIIe siècle: une gravité certaine, un phrasé particulier, et bien sûr la place considérable qu'occupent les danses dans la musique de cette époque.
En somme, la pièce s'ouvre en une sorte de prélude non mesuré de style français suivi d'un second mouvement plus dramatique: de l'impulsion d'une harmonique - l'univers dans une tête d'épingle -, une résonance inouïe prend forme. Elle s'étire, selon des principes de l'«Harmonices Mundi» de Kepler: l'harmonie du monde, l'harmonie des sphères… Le processus se densifie, virtuose, en une chute inexorable vers la 14e corde du théorbe, la plus grave: Sol.

J'admets que cette pièce s'inscrit dans une démarche personnelle et intime, au titre évocateur. Mon grand-père, au décès de mon père au début de mon enfance, a incarné cette «lune viscérale allaitant un soleil chu». Un soleil, et non le soleil, puisque l'homme qui m'a élevé demeure aussi mon père.

Loïc Sylvestre